Les hasards de l’histoire


Je me remets un peu difficilement à mes revues de presse, désormais plus par désir d’aménagement de mon placard que de réalisation d’œuvres intellectuelles.

Effectivement, quelques craquements suspects m’ont, au retour des vacances, rappelé à une activité trop longtemps délaissée.

C’est donc le moment de revenir à mes humeurs à l’occasion de la lecture de l’ Humanité, de quelques conneries du Monde, de Paris-Match ou du très distrayant Voici. Je précise tout de même que tout cela sort des poubelles à journaux, donc contrairement à Lagardère je ne participe pas au sauvetage de l’Huma ! 

L’histoire a-t-elle une finalité ?

Au hasard d’un œil fermé et d’une main sur une masse de papiers je tombe sur un vieux Crapouillot de mai 1993. On n’y parle pas d’actualité heureusement mais de l’histoire avec un grand H, enfin d’histoire quoi, c’est à dire d’une substance prohibée par les hommes de l’État. Oui, un peu facho sur les bords, le Crapouillot parle cependant de faits historiques que l’on tait ailleurs.

Ici il est question de s’interroger sur le « sens de l’histoire », pas de faits donc mais une philosophie que Popper qualifiait d’historicisme.

L’histoire vue par Michelet, les républicains de l’époque, la gauche de nos jours, ne laisse pas de place aux individus, tout y est l’œuvre des masses, lesquelles sont déterminées par la condition dans laquelle la société les place.

Une telle vision est tentante, y croire c’est supposer une fin à l’histoire en laissant tout simplement les événements suivre leur cours.

En tant que Libertariens on peut alors considérer que les contradictions de la social-démocratie, la ponction toujours croissante des hommes de l’État sur les richesses produites par la population mènera fatalement à la ruine et à la révolte dans un sens qui nous sera forcément favorable.

Alors dans ce cas autant analyser le phénomène, en parler, et … s’abstenir d’agir pour renverser un ordre social de toute façon condamné. Ainsi s’explique peut être la passivité relative de nos amis Libertariens et l’activisme débridé des gauchistes qui sentent l’histoire leur échapper à force d’attendre une crise finale du capitalisme à laquelle il devient impossible de songer sérieusement.

 Comment croire à un monde ultra libéral, qui a intérêt à véhiculer ce fantasme ?

la-fin-de-l_histoire-et-le-dernier-hommeMais l’œuvre du peuple n’est pas nécessairement le produit de sa condition réelle, nous ne sommes pas déterminés par ce que nous vivons mais en partie parce que l’on croit vivre, et là il nous faut nous reposer sur des pseudo-intellectuels autoconsacrés qui nous diront que ce monde est ultra-libéral quand les hommes de l’État nous volent 53 % des fruits de notre travail (en moyenne). L’avant-garde du peuple (autrefois prolétariat) est toujours agissante, elle énonce les lois de l’histoire à sa sauce et la condition fantasmée du peuple, mais elle prône aussi l’action et non une logique d’attentisme.

La fin de l’histoire en devient un gadget sur fond de matérialisme dialectique marxiste, un gadget plein de contradictions basé sur un déterminisme qui nie la liberté de l’individu, non basé sur l’attentisme mais sur l’activisme des masses, veaux pilotés pour agir en fonction d’intérêts qui ne sont pas les leurs.

L’histoire est-elle chaotique ?

Marx aura tout faux d’ailleurs dans ses pronostics : le socialisme était fort en Angleterre tout particulièrement du fait de la présence importante d’une « classe ouvrière » portée par le développement industriel, pas de révolution prolétarienne pour autant. Le terreau n’était pas encore propice peut être, en dépit d’activistes aussi enragés que ceux de Tower Colliery.

L’aurait-il été davantage dans un pays agricole dénué d’un prolétariat significatif tel la Russie de 1917 ? Évidemment non, et pourtant l’ouvrage de quelques révolutionnaires professionnels a été présenté comme celui du peuple russe tout entier. Qu’en aurait-il été de l’idéologie communiste, à quoi aurait ressemblé notre monde sans Lénine, Trotski et les services secrets du Kaiser ?

Mais non le seul accident historique admis par les historicistes marxistes est la mise en place du troisième Reich, là le peuple n’a plus été moteur de l’histoire, Hitler en devenait la seul singularité historique et pourtant là le peuple a bien mis l’ignoble personnage au pouvoir. Exception qui n’en a pas moins servi les desseins communistes. 

Alors sommes nous condamnés à subir les hommes de l’État, leur système pourra-t-il se perpétuer en dépit de la faillite du système ? La social-démocratie tombera-t-elle sans coups férir à l’image du pourrissement et de la mort de l’ex-URSS ?

Le croire et croiser les bras serait un peu naïf car il faut au moins construire demain, et à cette tâche le chemin sera montré non par un peuple toujours manipulé mais par quelques individualités fortes dont la tâche actuelle est de démontrer le caractère mythique, imaginaire de la notion d’État : quand nous réaliserons que les murs de la prison n’existent pas, alors nous serons libre d’en sortir.

En attendant les troubles qui s’annoncent dans le sillage de la faillite sont ceux d’une véritable guerre civile dans laquelle les assistés ne se résoudront pas à se passer de ce qui va tomber … 

C’est maintenant que les Libertariens sont au cœur de l’histoire, non pour la commenter mais pour en influer de façon décisive sur le cours qui n’a rien d’immuable ! Nous sommes un hasard au bon moment.

Xavier Collet, le 22 août 2001

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