Le sévice civique contre les valeurs marchandes


Les élections présidentielles de 2017 en France ont été l’occasion de revenir comme tous les cinq ans sur le rétablissement d’une des contraintes que nous pouvions  supposer disparue : un service militaire ou civique obligatoire. Le site « Russia Today » en français examine les promesses des candidats

Alors qu’un service civique existe déjà et ne concerne finalement pas grand monde, le candidat Emmanuel Macron, afin  de faire plaisir à son ex-pote de Pau, s’était engagé à créer un service militaire obligatoire d’un mois.

Je ne résiste donc pas à l’envie de vous ressortir un article qui date du 18 mars 2007 : les prétextes du sévice obligatoire pour tous n’étaient pas exactement les mêmes, les fondements idéologiques s’annonçaient plus explicitement anti-libéraux, mais la fable du « vivre ensemble »  rebaptisée « mixité sociale » et « cohésion républicaine »  n’était déjà pas si loin.

Nous étions donc dans la France d’il y a dix ans, une proposition de loi des sénateurs Courteau (PS et toujours en fonction en 2017)  et Rainaud (UMP) visait à créer un « service civique citoyen » (sic) obligatoire.

Voila ce qu’il convenait d’en dire.

Une telle proposition doit apparaître comme ce qu’elle est, c’est-à-dire un outil d’asservissement et cela à un double titre :

  •  d’abord parce qu’elle tend à restaurer l’esclavage institutionnel à l’instar de la corvée ou de la conscription ;
  •  mais encore parce que cette période d’esclavage serait consacrée à briser les ressorts de l’individualité et à renforcer l’asservissement des esprits au tout-État.

De fait c’est bien dès la première sentence de l’exposé des motifs que cette proposition entend répondre à un individualisme montant qui :

« engendre incivilité, violence et dilue le sentiment d’appartenir à la collectivité nationale ».

Nos sénateurs, censés parler en notre nom, imputent à l’individualisme tous les maux de notre société.

Ce n’était pas la première fois qu’un tel procès est intenté, Jean-François Revel s’en était déjà offusqué dans un article du Point intitulé  » l’école du civisme « .

Il ne faisait alors que tourner en dérision un sociologue se lamentant sur la dissolution du lien social, conséquence de la « montée de l’individualisme ». L’excellent Revel s’interrogeait alors sur le symptôme d’un malaise qui pointait à travers de telles analyses. La correction que notre regretté essayiste administrait à l’alter-comprennant philosophe m’avait inspiré dans « pègre scolaire » la réflexion qui suit.

« Ce sociologue s’est il déjà frotté à une Zone d’Éducation Prioritaire ? Connaît-il ces délinquants « individualiste », leur a-t-il parlé, les a-t-il vu dans leur quotidien ? Non, visiblement non, où est l’individualisme dans le « posse », la loi de la bande qui met à l’écart celui qui ne se conforme pas à une mode vestimentaire, qui n’adopte pas cette « novlangue » à la Orwell ? Oui, cette langue faite pour réduire au strict minimum les concepts, le fameux séfran admiré par des ersatz d’intellos, construit sur des expressions sexistes et violentes et limitant le champ sémantique, rendant impossible la communication de notions abstraites et élaborées. Abrutis par les clips de gansta rap, baignés dans « le grégarisme de la violence primate » comme le dit Revel, ces pseudo produits de l’individualisme sont en fait des victimes d’un collectivisme de repli qu’ils ont intégré parfaitement. »

Mais visiblement les liberticides sénateurs en question favorisent plutôt les lectures des sociologues qui pointent à Alternatives Économiques ou dans les manuels de sciences économiques et sociales des lycées. Pour eux des jeunes individualistes ont pour caractéristique principale d’oublier leurs devoirs vis-à-vis de l’État « une confusion s’est établie entre droits et devoirs ». Il ne leur viendrait pas à l’esprit que ce constat découle d’une idéologie foncièrement antilibérale. L’anomie n’a rien à voir avec l’application de valeurs, a fortiori de celles qui accompagnent l’individualisme.

Le  » tout nous est acquis «  vient de ce que l’école a réussi partiellement à dégoûter les 80 % de classe d’âge au bac en leur présentant la vie active comme lieu d’exploitation patronale, de racisme, … C’est bien l’éducation nationale qui a opéré un laminage des esprits par le bas et inculqué la conscience du « droit à » contre le « droit de », le droit au bac, à faire la grève, à un revenu, à spolier au nom de l’égalitarisme.

En bref le système a drogué à l’État ceux qui croient désormais dur comme fer qu’ils peuvent par son intermédiaire jouir sans entrave.

Et les sénateurs de s’affliger de ce que « nos valeurs communes s’érodent, nos solidarités traditionnelles s’affaiblissent », les pompiers pyromanes que voila !

Les valeurs qu’ils défendent ne sont plus que des mots creux qui veulent tout dire et le contraire de tout, des valeurs exprimées par une novlangue à laquelle on accole immanquablement l’adjectif citoyen. Ces valeurs qui consistent à manifester contre le CPE, la sélection au mérite, le pseudo-danger fasciste, mondialiste ou libéral, ces valeurs de l’anti-individualisme ne pouvaient qu’ébranler les solidarités traditionnelles au profit du racket institutionnalisé.

Quand on a le droit à, pourquoi demander poliment ou servir pour obtenir en retour ? Non on se sert et si on n’obtient pas c’est qu’il s’agit d’une injustice. Que faire contre cette décadence de l’âme qui génère un troupeau grégaire de moutons enragés ? Mais « leur transmettre les valeurs de la République », alors qu’ils ont trop bien interprété celles de notre belle république sociale, de ce modèle que le monde entier nous envie, puisqu’un sondage révèle que pour les jeunes français plus que tous les autres jeunes du monde le terme « capitalisme » est un gros mot.

Leur « apprendre à vivre ensemble et autrement, transcender les différences, s’ouvrir aux autres », mais n’est ce pas là le programme de l’école qui en a même fait sa priorité sur les savoirs ?

Et puis, n’apprend-on pas dans les écoles, où les concours sélectionnent les enseignants pour leur conformisme idéologique, que les valeurs marchandes et individualistes sont à combattre ?

Pourquoi alors, le plus sérieusement du monde, dans cette proposition sénatoriale inscrire encore ce qui constitue un des piliers du projet scolaire :

 » Le service civique peut être un instrument de la bataille culturelle contre les valeurs marchandes et individualistes de notre société. Il doit montrer que les valeurs au fronton de nos mairies sont plus importantes que celles du CAC 40  » ?

Peut-être parce que pour qu’un message passe dans des esprits rendus obtus, il faut jouer de la répétition comme d’un mantra. Aucun doute ne nous est donc plus permis quant aux intentions des promoteurs du retour de l’esclavage institutionnel, le bourrage de crâne scolaire ne les satisfait pas encore suffisamment, avec le service civique citoyen (sic) OBLIGATOIRE, nul ne pourra plus passer entre les mailles du filet, on pourra y éradiquer ce qui reste de libéralisme et promouvoir un peu plus l’état d’esprit prédateur que d’aucuns osent qualifier d’ individualisme.

Ce sera aussi une façon d’offrir aux associations bien-pensantes de lutte contre l’ultra-libéralisme une main d’œuvre gratuite et corvéable. Voila du travail gratuit offert pour de mauvaises causes tels que tous les pays socialistes ont su les instituer. Mais c’est encore une façon de créer de nouveaux postes de fonctionnaires à travers la mise sur pied d’un établissement de sévice public….

Décidément voila bien là  un attentat contre l’individualisme, le vrai, celui qui participe de la liberté de penser et de la dignité de la personne humaine…

Xavier Collet, le 18 mars 2007

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