Rap responsable


La déliquescence du rap français

Le rap c’est pas mon truc ! Et surtout pas un certain rap qui fait führer en France, celui-là qui est précisément véhiculé par les adorateurs de Ben Laden ou de Mummia Abou Jamal, que dénonce Doc Gynéco et qui fait se pammer la gauche antisémite, antiaméricaine et anticapitaliste. Heureusement que pour briser les préjugés il y a les forums de la presse au couteau entre les dents.

Le phénomène 50 Cent, un prurit anal pour la gauche

50centC’est grâce à ces recoins de paumés du cyberespace que j’ai eu vent d’une absence de pensée monolithique dans l’univers du rap. Parmi les contributions que j’y ai trouvé, celle d’une certaine Alex, expert en rapologie qui pleure sur la pureté perdu des noirs en survêtement :

 » Le style gangsta rap se voulait être la voix des Noirs persécutés injustement par les policiers blancs. Mais aujourd’hui, c’est devenu un mouvement misogyne et totalement capitaliste. Étonnant comme l’évolution d’un mouvement intelligent a pu devenir une grosse farce. « 

L’un des symboles de ce mouvement est le rappeur 50 Cent, un de ces Noirs qui n’appellent plus comme il se devrait au  » massacre de poulets  » et qui, quitte à brandir un drapeau rouge le lui fouterait plutôt dans le cul. Cela doit être cela la misogynie. Je cherche donc d’autres contributions sur 50 Cent et j’obtiens :

 » Non, c’est l’emblème du capitaliste dégeulasse des USA, du « american dream », du hip-hop fashion… mais pas l’emblème du succès. Ya juste profiter du quotient intellectuel très minable des jeunes pour faire de l’Argent sur leurs dos (sic). Profiter du fait que les jeunes sont cons et sont faciles a influencer. 50 Cent.. c’est une grosse « merde » commerciale.. « 

Encore un commentaire réjouissant d’un internaute qui affirme une admiration sélective pour les djeuns tirant le portrait du vilain con croyant en l’insertion dans une société fondée sur le mérite, alors que le bon djeun croit aux droits acquis et à la fatalité raciste.

La Résilience version Curtis Jackson

C’est au second degré que dans  » le gendre parfait  » Fabrice Pliskin du Nouvel Observateur tire le portrait de l’artiste 50 Cent pour mettre en évidence le bouleversement des clichés rap qu’il véhicule…

On y apprend que 50 Cent n’a pas un passé d’enfant de cœur : ancien dealer et fils de dealer, repris de justice, criblé de balle dans un règlement de compte et survivant. Il a jusque là de quoi enthousiasmer le bon gaucho par son histoire à la Malcolm X.

Mais 50 Cent ne trouve pas son salut dans l’Islam, le racisme anti-blanc et l’appel à la révolution collectiviste. Les Black Panthers il s’en branle allègrement, quant aux jérémiades de la discrimination positive : bullshit, idem pour les droits civiques, l’anti-racisme à sens unique ou le pathos sur l’esclavage.

Non 50 Cent illustre le concept de résilience et trouve la rédemption dans l’Amérique version Bush dont il admire le boulot accompli.

Ah il doit pleurer son Angela Davis le Pierre Perret, il doit plus reconnaître son ghetto le couple Lavillier-Laguiller, ce n’est pas dans le New York de Curtis Jackson (alias 50 Cent) que Manu Chao trouvera son sous-commandant fumeur de pipe.

À la place des idoles défraîchies en face desquelles se prosternent encore des vieux bobos sur le retour, place au Noir qui transcende les couleurs comme seul le capitalisme peut le permettre. Place à Curtis Jackson le rapper le mieux vendu aux USA, l’entrepreneur qui a racheté le manoir de Mike Tyson, fondé sa propre marque de vêtement, qui a lancé son jeu vidéo, qui prête son image à une marque d’eau vitaminée.

Pour une culture de la responsabilité

Curtis Jackson a su saisir sa chance  » en faisant de la merde qui se vend  » comme disent les gauchistes frustrés de ce que des multinationales bien pensantes n’écoulent pas encore assez de plus authentiques daubes comme du papier cul à l’effigie de Guevara. Une pourtant bien bonne destination pour un tel produit.

La  » merde qui se vend  » pour les diminués de la pensée c’est ce qui fait passer un message aux ados un message aussi mature que « bouge toi, travaille et ne compte pas sur les autres ». Mais insulte suprême à toute pensée progressiste à rebours : Curtis Jackson prône la responsabilité  » Je ne peux pas dire : je te tue et demain on efface tout. « 

D’ailleurs  » Réussir ou mourir « , son film autobiographique réalisé par Jim Sheridan montre les gangsters tels qu’ils sont et aura le mérite de repousser les vocations du crime au profit de celles de l’effort qui mérite récompense.

Une leçon qu’aura mal digéré un critique du site critikat.com dont le marxisme militant éclate en une gerbe risible et jubilatoire :

 » Ces rappeurs ne sont en aucun cas des rebelles et les attributs qu’ils affichent fièrement une fois leur réussite assurée sont les symboles éclatants de la pauvreté intellectuelle et du vide monumental des aspirations du monde capitaliste occidental. Venant d’un quartier difficile, leur but n’est pas de renverser l’ordre social dont ils ont été les victimes, mais bien d’affirmer la toute-puissance du dieu fric qui considère que seul existe celui qui possède. Présentant aux adolescents qui les admirent ces symboles de réussite, ils sont ainsi les meilleurs propagandistes de la société marchande, c’est-à-dire de l’ordre dominant. Le monde libéral crée ainsi l’illusion que tout est possible si on le souhaite véritablement, c’est-à-dire que la volonté permet la réussite. »

Mais les vrais rebelles ne sont-ils pas ceux qui ont pris le risque de ne plus brosser dans le sens du poil les aspirations au parasitisme qui font des populations les plus pauvres l’alibi d’un État-Providence ? Et où est la vacuité de l’aspiration du monde capitaliste occidental sachant que cette aspiration est la satisfaction des besoins exprimés par la population ? La pauvreté, la pénurie, la misère morale que portent les droits acquis, voila certainement des aspirations plus conformes aux rappeurs convenables n’est ce pas ?

Non, Flavor Flav de  » Public Enemy  » qui se moque de l’État-Providence avait parmi les premiers osé mettre en évidence les failles d’un système dont beaucoup de Noirs sont victimes, un ordre social aussi peu capitaliste que possible.  » Je peux rien faire pour toi mec, débrouille-toi tout seul !  » Chantait-il…

Le dieu fric, au contraire du dieu politique, n’avait pas pour lui besoin d’être prié, car dans une vraie société capitaliste il n’honore que ceux qui satisfont les besoins des autres. Réussir dans la  » société marchande  » c’est être socialement utile et les moyens de l’être ne sont pas financiers mais psychologiques. Curtis Jackson s’est donné les moyens du succès, il lui reste un défi qu’il a partiellement réussi : changer durablement les mentalités du public rap.

Xavier Collet

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