Münich des retraites


 securiAlors que la faillite de la sécurité sociale est patente et que sa gestion par les syndicats, dont le MEDEF fait de ceux-ci des soutiens jusqu’au-boutistes d’un système condamné, il convient de revenir sur les occasions manquées des grèves et manifestations de 2003.

Un petit rappel donc sur un coup de gueule nécessaire et à répéter face aux compromissions qui ont enterré l’espoir d’un solide mouvement pro-capitalisation.

J’écrivais en juin 2003, il y a 10 ans déjà :

Ces derniers jours ont vu un essoufflement de la prise d’otage du pays coïncidant avec une forte radicalisation du mouvement syndical. Face à une majorité exaspérée par les exactions grandissantes, les masques sont tombés et tout une frange rendue populaire par les media se révèle sous son vrai visage.

Antimondialisations, ennemis du progrès scientifique ou social, obscurantistes de tout poil, anticapitalistes, syndicrates et partisans du tout Etat, ce sont tous les mêmes. Ils se singularisent de la même façon à Gênes, à Evian ou dans les cortèges parisiens. Ils ont pour seul but d’imposer à tous un choix qui les arrange en usant d’une novlangue toute spéciale pour faire passer leur message. Chez eux liberté veut dire esclavage et esclavage liberté, ils parlent d’engagement citoyen pour camoufler leur égotisme, de justice sociale quand ils évoquent leurs privilèges. La liberté individuelle est leur bête noire et si nous les subissons aujourd’hui à travers les blocages et grèves à répétition, nous pâtissons plus encore au quotidien de leur pouvoir de pression à travers les lois, règlements,  refus de déréglementations,  lesquels, nous arrachent des pans de liberté supplémentaire.

Aujourd’hui il ne faut donc plus craindre l’affrontement, il faut dire non vous ne réglementerez plus les moindres aspects de notre vie. Nous allons décider de notre protection sociale, nous allons décider de ce que nous achèterons, mettrons dans notre assiette, nous allons décider de jouir de tout ce que le progrès peut nous apporter, vous ne nous enfermerez plus dans vos burquas mentales.

Au-delà des mots il fallait donc agir, avec Liberté j’écris ton nom, les Libertariens de l’ADEL ont donc co-organisé la manifestation du 25 mai devant l’hôtel de ville de Paris pour dire que nous ne voulions plus subir les hordes syndicales.

Cette manifestation fut un premier succès, la tonalité a été affichée d’emblée par nos tracts et par nos panneaux : « répartition = spoliation », « négociations, tractations, pas en notre nom », « libérez la protection sociale ». Il s’agissait donc de réagir en dénonçant la syndicratie et le blocage, mais aussi en rendant la liberté de choix de chacun en matière de protection sociale.

Effectivement, au-delà de la dénonciation du jusqu’au boutisme des grévistes, des propositions s’imposent et il faut savoir se saisir de l’opportunité de s’exprimer pour reconquérir enfin nos libertés individuelles. A abuser de leur capacité de blocage et d’intimidation les syndicats doivent savoir qu’ils ne gagneront pas toujours. Or, ils ont déjà enterré une nécessaire décentralisation dans l’éducation, ils conservent et renforcent des privilèges, imposent leurs dictats et exercent  ces fonctions usurpées de partenaires sociaux.

Le 25 nous avons relevé le gant, dire non au blocage aujourd’hui c’est aussi priver à l’avenir les syndicrates de leurs moyens de nous bloquer et de continuer à vivre à nos dépens. Dire non au blocage c’est dire non à la répartition car un tel régime fonctionne par le monopole d’une institution, la Sécurité sociale, sur la protection sociale ; un monopole qui est lui même entre les mains des seuls syndicats qui le gèrent.

Se libérer enfin ce n’est pas apporter un blanc-seing au gouvernement, c’est lui montrer qu’une alternative s’exprime face aux syndicats. Car en réalité un consensus syndicats-gouvernement se fait autour de la répartition, tant qu’il en sera ainsi le Münich social que constitue la réforme des retraites ne fera que reporter à de prochaines échéances électorales sa fin inéluctable et conservera les privilèges de ceux qui s’en montrent indignes.

Alors oui continuons à nous manifester, mais mettons en place une véritable stratégie de libération. Ceux qui ne réfléchissent pas suffisamment ne nous donnent pas les moyens de dire « plus jamais ça ». Or, les Libéraux ont pour vocation de faire acte de pédagogie. En conséquence transformer ces manifestations en mouvement de soutien au gouvernement est, au mieux, une faute de clairvoyance.

Nos amis de « Liberté j’écris ton nom » appellent depuis une dizaine de jours à une nouvelle manifestation pour le 15 juin. Mais leur tract ne parle plus de liberté de choix pour les retraites, mais surtout d’alignement entre le privé et le public : il est donc question de durée de cotisation, une logique qui est celle de la répartition intégrale. Il s’agit donc bien de soutenir ce que Raffarin appelle un « chef d’œuvre social », en réalité une véritable exception culturelle qui n’a rien de libéral.

Même si l’élan de l’émotion nous appelle à leur côté, nous n’avons cependant plus notre place dans une telle manifestation.  Effectivement, dénoncer la syndicratie et soutenir simultanément une répartition condamnée ce n’est rien d’autre que de la schizophrénie.

Nous en appelons donc à nos amis de « Liberté j’écris ton nom » afin qu’ils fassent un effort de réflexion sur les implications de la répartition et adoptent la seule position de liberté et de justice sociale qui s’impose.

Xavier COLLET

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