Barreau Academy


Barreau Academy : il ne doit en rester qu’un !

Le désir de plaire

L’affaire DSK rebondit actuellement en France avec des parties fines payées par un entrepreneur de renom. Il faut bien préciser les affaires d’ailleurs parce que l’on ne sait plus trop de laquelle on parle : de Tristane Banon au Carlton en passant par Nafissatou Dialo ou Dodo la Saumure, il est facile de s’y perdre.
Un point commun à tous ces scandales : un grand désir de plaire dira-t-on pour faire dans l’euphémisme.

Il est certain que nos politiques ont envie de séduire l’électorat mais entre la séduction et l’abordage il y a une frontière. Cette frontière s’appelle pudiquement « un problème avec les femmes ». Les media nous expliqueront donc que DSK avait un problème avec les femmes et que ceci était de notoriété publique dans le milieu journalistique et politique.

Qu’importe pour ses défenseurs, ce qui compte c’est de montrer que celui qui aurait dû être président de la république et mettre de l’animation dans les garden-parties de l’Élysée, est un brave gars un peu gaulois.

Il ne faudra tout de même pas trop en rajouter pour éviter de sombrer dans le ridicule, non il faudra défendre DSK avec une certaine pudeur rentrée.

Star Academy de la plaidoirie

L’idéal aurait été d’organiser une star-academy de la plaidoirie avec vote des auditeurs afin de désigner l’avocat de DSK.
Le gagnant allait pouvoir rajouter au moins un 0 à ses honoraires et se faire connaître dans la France entière, que dis-je, dans le monde entier comme un ténor-cador du barreau. Eh ouais l’avocat en chef de DSK pour toutes les affaires présentes et à venir, le grand architecte des univers à capotes le vaut bien !

C’est à une telle épreuve que semble avoir voulu se plier le très ambitieux avocat ex et nouveau député socialiste Yann Galut. Son nom avait déjà les initiales qu’il fallait.

Galut a donc tôt fait de se présenter et son départ n’était pas mauvais d’ailleurs. Tout dans son rôle, il tomba des nues le jour de l’inculpation de DSK sur l’affaire  new-yorkaise. Il tomba aussi la chemise pour revêtir immédiatement sa robe afin de plaider contre la mauvaise publicité faite à son camarade et peut-être futur client.

Un mauvais début suivi d’un repêchage

Pour la star-academy des avocats il nous a préparé un prétoire ad hoc : son blog.
Mauvais point cependant : le prétoire n’est pas idéal car largement censuré, ce qui déplait aux auditeurs, et très peu fréquenté même quand il y fait la publicité de son livre que peu de gens ont lu.

On pressent donc un repêchage qui devrait l’obliger à mettre les bouchées doubles pour se faire remarquer.


L’argument anti-américiain

Galut peaufine sa partition, ce qui compte c’est d’emporter l’adhésion, de se mettre à ce qu’il juge être le niveau du public.  L’argument fesse est d’abord envisagé.
Mais faute d’avoir une assistante un tant soit peu sexy, ni même distinguée, il va falloir garder ce gadget aux vestiaires d’autant que DSK ne prête pas ses copines pour faire de la figuration. Cela fait partie du jeu d’ailleurs, chaque candidat doit apporter son propre matériel. C’est marqué dans le règlement …

Les français sont un peu anti-américains ça peut faire une entrée en matière. Critiquer un système judiciaire ça la joue un peu rebelle pour un avocat surtout si ce n’est pas le nôtre. L’idée n’est pas mauvaise certes, il y a des points à marquer de ce côté-là en la jouant subtil, tout en nuance.

Il se lance : « L’affaire est tellement énorme – digne des scandales auxquelles (sic) les Américains nous habituent – qu’elle consterne l’ensemble des politiques français. »

La beaufitude ça paie

Bon là il y a une grosse faute d’orthographe, pas grave c’est peut-être même fait exprès, ça fait peuple s’est dit Galut. Ok, admettons, mais pour la subtilité on repassera. Bon, on efface subtilité du registre, on fait dans le gros rouge qui tache.

L’affaire se passe aux USA donc c’est forcément énoooorme – référence subliminale à l’obésité des Américains –  et c’est un scandale auquel on est habitué là-bas que d’emmerder des pauvres politiciens pour pas grand-chose.

Là franchement, la gauloiserie tend au machisme pur et simple. Les auditrices féministes ont déjà décroché. Évidemment, il n’a pas tout à fait tort non plus sur les faits puisqu’en France une simple fellation consentie par une stagiaire à son président n’aurait jamais été ébruitée, pas plus que l’agression sexuelle d’une femme de chambre par une personnalité.

Non, on n’est pas habitué à ces scandales en France car justement ils ne font pas scandale.
Mais ça ce n’est pas sport de le sous-entendre, surtout dans le contexte de retocage de la loi sur le harcèlement sexuel. Évidemment on ne juge pas des qualités de fair-play dans le jeu, tous les coups sont permis ce qui n’a pas échappé au candidat.

D’ailleurs la stratégie n’est pas mauvaise, Galut a choisi ses partisans et rallie les auditeurs franchouillards cocardiers et machistes, ainsi que quelques autres beaufs. La gauche bobo est séduite également : n’oublions pas que Karl Marx s’était illustré par sa propension à « engrosser les bonnes », à gauche un homme possédant de telles mœurs ne peut donc pas être mauvais.

Monsieur 99 % dévoilé

Par contre, qu’est-ce que c’est que cette histoire de dire que l’affaire consterne l’ensemble des politiques français ? D’abord tous les avocats en politique – et il y en a un paquet – ne sont pas candidats à ce jeu. Ni Marine Le Pen ni Gilbert Collard ne le sont, et heureusement pour Yann car ils auraient repêché Marine à sa place.

Mais là n’est pas le pire d’ailleurs, que les politiciens soient consternés la belle-affaire ! Ce qui compte ce ne sont pas les 1 %, mais les 99 %, le peuple auditeur quoi. Comme si seuls les sentiments et impressions de l’élite politicienne avaient de l’importance.

Des points en moins pour le coup du mépris et toute une plaidoirie précédente réduite à néant (http://contribuablesberrichons.wordpress.com/2012/01/21/les-voeux-dun-certain-monsieur-99-pour-cent).

L’arme de la peur 

Voyons la suite : « Les Grecs risquent d’être les premières victimes de l’affaire qui touche Dominique Strauss-Kahn, dont la gestion plus « sociale » du FMI … ».

Là on se dit, il aurait pu passer à la défense de DSK sur le fond de l’affaire, en évoquant directement, comme certains autres candidats, une machination, un traquenard. Bien sûr avec les nouvelles affaires le moyen avancé n’était pas très crédible.

Mais quand même n’évoquer que le contexte c’est périlleux au risque de ne jamais en venir aux faits.

Périlleux, d’autant que le coup du mépris s’amplifie puisqu’il évacue la situation de Nafissatou Dialo comme non-évènement n’intéressant que des Américains. Qu’importe l’individu, il faut sauver le système contre ce qui est susceptible de le décrédibiliser et ceux qui l’attaquent.

L’OPA se fait ici sur les auditeurs les plus pessimistes, ceux qui craignent pour leur pouvoir d’achat dans le futur. Il peut ainsi récupérer les salariés précarisés, les syndicalistes, les jeunes.

La carte de la peur dans des situations de crise est une carte politique assez cynique et Galut ne défend plus là l’homme DSK mais la relaxe comme une nécessité politique quoi qu’il puisse avoir fait. Ce n’est plus tant la justice qu’il demande mais un jugement fondé sur ses conséquences, une démarche purement utilitariste.

Il n’est pas certain que les auditeurs accepteront de le suivre dans un tel raisonnement à moins qu’ils ne craignent qu’effectivement la condamnation de DSK ruine les Grecs, mais en réalité DSK n’est plus à la tête du FMI.

L’auditeur va devoir se creuser un peu la tête, ce qui n’est plus mal. Statistiquement il n’est pas aussi bête que les élites le croient à moins qu’il soit paralysé par des arguments de peur. Le moyen développé est donc clivant en temps de crise, moments propices à faire admettre que tout un peuple dépend d’un seul homme.

Évidemment c’est stupide mais le candidat Galut a trouvé le fil de sa plaidoirie et il en rajoute : « En jetant l’opprobre sur le directeur du FMI, c’est l’institution même qui va en être affectée. ». Puis il défend l’institution FMI contre le néolibéralisme.

Le croque-mitaine néo-libéral

La stratégie du bouc-émissaire nous ramène au plus bas niveau de la moquette, en plein dans la poussière d’un ménage bâclé.
Galut évite tout de même de salir Nafissatou Dialo alors que certains n’avaient pas hésité à la décrire comme une prostituée sans papiers, nan même au niveau de la gauche bobo il y aurait perdu des partisans.
Ce ne sera donc pas DSK contre la femme de ménage noire, mais DSK contre le néolibéralisme.
Il évite l’argument raciste qui marche pas mal après l’argument xénophobe, pour préférer l’argument du n’importe quoi, bien coté lui aussi avec le croque-mitaine néolibéral.
Bien sûr on ne sait pas très bien en quoi consiste le néolibéralisme, hormis le fait qu’il est un terme employé par l’extrême-gauche et quelques frontistes pour décrire ce qu’ils n’aiment pas comme la mondialisation, la liberté de choix des individus, …
Aussi obscur soit-il, ce mot déclenche un réflexe conditionné. Des points sont encore marqués, il suffit de faire un sondage : « Que pensez-vous du néolibéralisme », pour avoir la réponse : « pas bien ». Mais ne demandez pas ensuite ce que c’est, vous pourrez avoir n’importe quelle réponse ou un « je ne sais pas trop ».
Yann Galut continue sur la présomption d’innocence et la prudence qui s’impose face à de graves mises en cause. Un argument juste mais encore moins discriminant puisqu’il a été employé par tous les autres candidats et largement plus développé.


Quant à l’intégrité …

Et il rajoute enfin : « C’est le visage de l’intégrité et de la responsabilité que nous devons aux Français. »
Mais là c’est la phrase de trop. Les autres candidats auraient beau jeu de l’éliminer de la compétition en rétorquant que : « L’apparence n’est que l’écume de la réalité, le visage de l’intégrité et de la responsabilité n’est ni l’intégrité ni la responsabilité et à sonder les âmes plus que les visages on comprend les faux-semblants. »
Puis dans un jeu de massacre ils auraient mis en évidence les failles à l’intégrité et à la responsabilité quand tout au long du jeu le candidat Galut veut susciter la peur, l’américanophobie, et brandit des boucs-émissaires pour tenter de l’emporter.
Je précise que dans le jeu il est aussi possible de casser la prestation de l’adversaire, c’est pas Koh Lanta mais quand même !

Rester crédible est fondamental pour un bon avocat.
Or, rester crédible c’est ne pas trop en faire, déconseillons donc pour le volet français des affaires DSK de prophétiser la fin du monde le 21 décembre 2012 comme conséquence de la passion de Saint Dominique.
Xavier Collet
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2 commentaires pour Barreau Academy

  1. Alors si je comprends bien il a pas été pris, il a reçu une prime de consolation ?

  2. Ping : Barreau Academy | Les Libertariens | Scoop.it

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