Le mythe du Front Populaire enseigné aux enfants


Fenêtre sur cours, le journal du syndicat des instituteurs du SNUIPP (FSU) consacre une page à la littérature jeunesse. Il ne s’agit pas là de parler des dernières productions Disney, de Tintin – et surtout pas de Tintin chez les Soviets – ou de Babar, mais de proposer des lectures roboratives pour transformer nos enfants en leurs futurs militants.

Dans ce numéro on y donnera des idées de lecture pour faire découvrir le front populaire aux élèves. Fêter le Front Populaire, comme le dit Marie-Claire Plume, rédactrice de l’article : « c’est célébrer un moment fort des conquêtes sociales. En 1936, la France de gauche s’est unie contre le fascisme,  pour le pain, la paix, la liberté. Les réformes sociales qui en découlent marquent encore notre quotidien. Quelques livres de jeunesse évoquent cette période, en assurent la mémoire, permettent peut-être le lien avec l’actualité : comme hier, même si des progrès ont été réalisés, les combats contre les inégalités et la précarité sociale, pour l’amélioration des conditions de vie, ne sont-ils pas toujours d’actualité ? »

Le premier livre recommandé est « La mer en vrai : 1936, les premiers congés payés », écrit par Bertrand Solet et illustré par Pef aux éditions Rue du monde. Il raconte l’histoire de deux enfants en vacances en bord de mer dont le pépé leur raconte son premier souvenir des congés payés, mais aussi leur évoque l’usine, les grèves de 1936 et les « acquis sociaux », le petit-fils se met à mieux comprendre et à accepter la « horde d’enfants à casquette » qui débarque le matin en bus à la plage et repart le soir vers la banlieue parisienne. C’est qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances en 2006. C’est certainement la faute des patrons, comme en 1936 à moins que les acquis sociaux des uns, devenus privilèges ne se paient de la précarité pour les autres.

Le deuxième bouquin s’appelle « Le fils de mon père« , édité chez Hachette par Evelyne Brisou-Pellen, elle en parle elle-même sur le site de la FNAC : « Je viens de découvrir, me dit un éditeur, que nos enfants ne savent même plus ce qu’est un communiste. » Les communistes, les syndicats, les grandes grèves, 1936… Non, ça ne m’inspire pas. … Attendez. 36, c’est aussi une France saignée à blanc par la première guerre, peu de jeunes, presque plus d’hommes. Et puis les droits pour les travailleurs, les premiers congés payés, les vacances, les voyages, le train… Ce qui fait aujourd’hui le sel de notre vie, quoi ! Et le sucre de notre vie ? Eh eh… Je vais introduire là-dedans des bonbons. De quelle manière ? … Ca y est, j’ai trouvé. « Allo, cher éditeur, j’ai une idée ! Ca se passe en 36. C’est l’histoire d’un… » Des communistes ? Si si, on en parle. Enfin… un peu ». C’est vrai qu’il devait y avoir des choses à dire sur les communistes, sur les odes à Staline et au Guépéou, sur le pacte germano-soviétique à venir, … mais il ne semble pas que ce soit là le thème du bouquin.

Enfin « Dans les jardins de mon père » de René Bigot, est la suite d’une saga familiale de militants qui commence justement avec la participation d’un enfant au côté de son père à la Commune de Paris (Les lumières du matin). L’enfant devenu grand-père traverse avec son petit-fils les grandes grèves de 36. 50 ans après il s’agit bien, dans un monde qui évolue, de faire vibrer les enfants au mythe ouvriériste de 36 et d’établir des parallèles avec la situation d’aujourd’hui pour construire, quoiqu’en pensent les parents, le petit militant gauchiste.

En réalité le mythe de 1936 conduira politiquement aux pleins pouvoirs à Pétain donné par les parlementaires du Front Populaire. Economiquement et selon « La politique des revenus » écrit par Jean Boissonnat en 1966, les accords de Matignon vont opérer une répartition des richesses sur la base de rapports de force, les fruits en seront éphémères. En effet si le gain monétaire pour les ouvriers est de 35 % dont 11 % sous forme de majoration des salaires ; 20 % avec le passage aux 40 heures et 4 % avec les deux semaines de congés payés, le pouvoir d’achat de toute la population va être atteint.

Si de 1935 à 1936 le pouvoir d’achat des salariés parisiens de la métallurgie avait augmenté de 20 %, de 1936 à 1938 il diminue de 8 %. Le gain annuel en pouvoir d’achat est donc de 3 % entre 1935 et 1938 soit comparable à la hausse du pouvoir d’achat des salariés de cette branche dans la période 1928-1935. Et Jean Boissonnat de constater : « la revendication d’un meilleur niveau de vie intervenait dans une période de stagnation économique. De 1935 à 1938, le revenu national n’a augmenté en valeur réelle que de 1,3 %. Autrement dit, on voulait découper d’une manière nouvelle un gâteau qui n’avait pas changé : c’est l’opération la plus douloureuse puisque le gain des uns résulte nécessairement d’une amputation de la part des autres. » Il suffisait donc d’augmenter la productivité pour permettre aux ouvriers de rentrer dans un jeu gagnant-gagnant permettant le maintien des profits, la modération des prix, la hausse des salaires et la diminution du temps de travail.

Mais les enseignants du SNUIPP et les auteurs de littérature enfantine ne sont peut être pas équipés pour expliquer cela à des enfants. On peut donc reprocher à ces œuvres de ne comprendre la notion de progrès social que sous celle de rapports de force dans la société, elles insistent sur l’idée du partage du gâteau en omettant la nécessité de le produire. Réclamer pour avoir est légitime, produire pour gagner plus c’est égoïste, avec de tels messages comment pourra-t-on encore reprocher aux élèves de ne pas cultiver l’effort ?

Xavier COLLET, février 2006

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2 commentaires pour Le mythe du Front Populaire enseigné aux enfants

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  2. Brochard dit :

    comment faire pour lire sans avoir l’impression que quelqu’un vous surveille ça bouge de trop sur wordpress heureusement que c’est bleu vous voyez ce que je veux dire?

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