Homo oeconimus sapiens


La télévision a montré hier soir ces cortèges de manifestants qui portaient une banderolle sur laquelle était inscrite « Nous ne sommes pas des homo Economicus, signé Homo Sapiens« . Je vais tenter de m’adresser à Homo Sapiens en lui rappelant que l’hypothèse la plus fondamentale de la science économique, et qui fait toute la noblesse de l’économiste, est en effet de considérer que l’être humain n’est pas un atome mais un être doué de raison. Les hommes politiques ou leur conseiller en communication, ainsi qu’une grande partie du milieu des médias, ont plutôt tendance à prendre les gens pour des… moutons incapables de raison. Et la gauche moralisatrice se plait à considérer les individus comme des éternels irresponsables dans le besoin,
incapables de se prendre en charge. Pourtant, ce sont les individus qui contribuent à faire (ou défaire) la société et pas l’inverser. De la même manière, c’est bien sa conscience individuelle, et sa rationalité, qui portent l’individu à prendre – ou ne pas prendre – des décisions. Et ce sont ces décisions qui font l’économie (l’absence de décisions faisant l’absence d’économie).

Homo Sapiens devrait comprendre que la science économique est basée sur ce constat simple, même s’il est difficile à accepter (comme la condition humaine est difficile à accepter car personne ne supporte l’idée qu’il faille un jour mourir) : tout a un prix. Et si tout a un prix, alors il faut faire des choix. Une économie ne peut survivre à des individus incapables de faire des choix et d’en accepter les conséquences.

Ce constat ne dépend ni des courants de pensée, ni des cultures ou des époques. Dès le commencement, pour vivre, l’homme doit se nourrir et se vêtir, et nourritures et vêtements ne tombent pas du ciel.
L’homme doit donc consacrer de l’énergie pour se nourrir , c’est le travail ; et il doit se nourrir pour reconstituer son stock d’énergie, c’est la consommation.
Ces éléments sont immuables et universels et ceux qui prétendent le contraire  sont, au mieux, des ignorants ; au pire, des menteurs. L’homme doit donc  travailler car si les ressources naturelles sont données, les  richesses sont rares. C’est le travail de l’homme qui transforme les  ressources naturelles en richesses économiques. Sans travail, elles sont sans valeur et c’est pourquoi c’est encore une aberration que de croire à la disparition du travail. C’est déjà ce que voulait dire La Fontaine à ses contemporains à travers sa fable merveilleuse « Le laboureur et les enfants ».

Le pétrole, tant convoité par les Etats (qui le nationalisent en tant que producteurs ou qui le taxent en tant
qu’importateurs mais toujours sur le dos du consommateur) fut d’abord un déchet fossile qui a pris de la valeur à partir du moment où l’homme a inventé le moteur à explosion. Et c’est bien dans le cerveau d’un individu qu’a pris naissance, un jour, cette extraordinaire idée. Remarquons, au passage, que le concept de ressources naturelles n’a pas de sens économique : le pétrole est un « déchet naturel » qui devient une ressource stratégique grâce au génie humain. Et il est devenu une source de conflit à cause de l’avidité des hommes de l’État.

À partir du moment où l’homme travaille pour transformer des ressources données par la nature (son cerveau et les matières premières) en richesses économiques, alors tous les biens et services ont un prix. C’est tout simplement le prix et la récompense de cet effort. Même les biens et services, qui sont distribués « gratuitement », sont toujours payés par quelqu’un. L’État, en proposant des biens et services « gratuits » (comme la santé ou l’éducation) ou en distribuant gratuitement des livres et des ordinateurs dans les écoles, n’a pas le pouvoir de supprimer la rareté mais il a le pouvoir de transférer le coût des richesses sur telles ou telles catégories sociales en fonction de choix politiques.

Mais, diront les belles âmes, faire payer les biens et services les plus élémentaires, n’est-ce pas avantager les riches au détriment des plus pauvres ? Pourtant, neutraliser les prix ne permet pas de faire disparaître la rareté car le prix est une information – donc un symbole – de la rareté relative de tel ou tel bien. Au pire, contrôler le prix revient à détruire une précieuse information, ce qui aboutit à déstabiliser la régulation économique. Ce n’est pas les prix qui sont responsables de la rareté, mais c’est au contraire parce que la rareté existe qu’il en découle l’existence des prix.

En U.R.S.S., la santé était officiellement gratuite mais les vrais médecins étaient devenus introuvables : autrement dit, le prix réel était devenu infini. Il n’y a que les hommes et femmes de l’État pour se gargariser de chiffres et prévisions officiels… mais l’économie existe dans le monde réel.

C’est précisément en généralisant l’illusion de la gratuité dans l’éducation, l’enseignement, la recherche, l’art ou encore la santé, que l’État a introduit la pénurie et propagé la faillite dans ces domaines si essentiels de l’activité et du génie humains. N’en déplaisent à ceux qui se proclament « intelligents » mais qui voudraient ne jamais faire face aux prix des choses, l’État n’est pas la solution puisqu’il est précisément le poison.

Jean-Louis Caccomo, Perpignan, le 24 mars 2004

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