L’Etat est dangereux pour la santé publique


 

Les rhumes sociaux se soignent à la cocaïne !

On met sur le dos du marché des phénomènes sociaux qui relèvent tout particulièrement de l’addiction à l’Etat-Providence. En réalité, il apparaît que les déséquilibres momentanés ne sont plus considérés comme supportables, qu’au moindre rhume il devient nécessaire de soigner la manifestation de la maladie par une bonne dose d’héroïne ou de cocaïne renouvelée jusqu’à extinction desdites manifestations.

Imaginez-vous alors que l’on propose d’abandonner du jour au lendemain un tel remède, sans nul doute certains ne manqueraient pas de dire que la drogue la plus dure est indispensable à leur survie. Observons la complexité extrême d’un marché, fruit de l’interaction de milliards d’individus dont les volitions ne nous sont pas connaissables, mais résulteront en une autorégulation globale.

Nous sommes ici dans un système ouvert et cette autorégulation suppose des déséquilibres momentanés qui se résolvent par l’adaptation des acteurs aux signes du marché.

 L’innovation quelle horreur !

Supposons donc, à titre d’illustration, la découverte de nouvelles méthodes de production agricole. Le développement des techniques d’hybridation par exemple. Tous les agriculteurs ne maîtriseront pas l’hybridation, comment résoudre ce problème dans une économie de marché pure ?

L’augmentation de la productivité induite par le progrès technique va permettre une hausse de l’offre de produits agricoles donc une baisse de leur prix. En découle que les agriculteurs n’ayant pas acquis cette nouvelle technique ne vont plus pouvoir produire de façon rentable. Il leur faudra donc soit sortir de ce marché pour acquérir d’autres compétences, soit faire l’effort de s’adapter à des méthodes plus productives, soit enfin différencier leur production en phase avec les besoins des consommateurs.

Au niveau global les gains de productivité seront captés par les agriculteurs innovateurs, mais aussi par les consommateurs qui bénéficieront de la baisse des prix. Les perdants seront ceux qui ne font pas l’effort de satisfaire une demande en quête d’un meilleur rapport qualité/prix.

Mais ces perdants là ne le seront que temporairement, ils réorienteront leur activité et leurs fonds vers des secteurs plus profitables pour lesquels de nouvelles compétences ou des savoir-faire déjà acquis sont nécessaires. La réorientation se fera car il n’est pas possible de continuer à produire à perte ou pour si peu .

On ne touche pas aux rigidités acquises

Supposons maintenant que l’agriculteur se voit octroyé les moyens de ne pas avoir à s’adapter, qu’il trouve moins coûteux d’investir dans l’achat de décisions politiques plutôt que dans sa reconversion.

L’Etat apparaît là avec sa grande fonction de « correcteur des imperfections du marché ».

Des agriculteurs ont un mauvais rhume, leurs revenus sont à la baisse c’est là le symptôme de la maladie qui les touche, maladie dont l’origine est leur inadaptation aux besoins des consommateurs. L’organisme marché devrait se soigner en secrétant les réaffectations de ressources productives tel que nous l’avons vu plus haut.

C’est sans compter sur l’existence des hommes de l’Etat qui vont alors justifier le rôle qu’ils se sont offerts.

D’abord dramatiser la maladie puis se poser en docteurs Diafoirus par le jeu de promesses irresponsables en faveur de ceux qui demandent la protection de leur « situation de marché acquise », ignorant qu’en matière de marché il n’existe justement aucune situation acquise des producteurs.

La politique volontariste de protection passera donc outre aux principes autorégulateurs : elle fixera des prix de vente supérieurs à ceux résultant d’un équilibre de marché. Ainsi, par la grâce des hommes de l’Etat, sera maintenue la rentabilité des moins productifs, en passant l’abandon des nouvelles méthodes de production sera encouragé.

Ce désarmement innovationnel pourra être justifié par une phobie technologique (voir l’affaire des OGM), en réalité les investissements coûteux permettant ce saut de productivité constituera un sacrifice d’adaptation trop important et inutile dans le cadre d’un marché perturbé par des prix artificiels.

Seulement voilà, faute d’une instance étatique mondiale pouvant imposer un prix minimum au niveau international, les consommateurs ont toujours la ressource de profiter de gains de productivité obtenus à l’étranger. Il faudra donc les en empêcher en mettant en place des barrières tarifaires et non tarifaires, le plus souvent sous forme de normes de santé publique.

La drogue de l’intervention est administrée dans ce cas à tous les offreurs de produits agricoles et pas seulement aux moins productifs, elle favorise la passivité, l’apathie et la dépendance vis à vis d’un Etat dont la protection va se révéler de plus en plus indispensable. Le drogué est hautement intoxiqué et dépendant, son organisme se débilite.

Par ailleurs, comme dans un système de prohibition, cette drogue est très coûteuse, mais comme dans un système de Sécu obligatoire, elle est payée par tous. Et chèrement d’ailleurs, d’abord par une baisse du pouvoir d’achat sur les produits agricoles locaux et aussi étrangers car taxés, puis par la hausse des prélèvements pour financer les organismes de planification et de réglementation.

Sans oublier les aides éventuelles aux revenus agricoles, mais également des subventions aux exportations afin de faire face aux pertes potentielles sur les marchés agricoles pour lesquels l’innovation s’est imposée.

Evidemment nous avons vu qu’un remède de marché est beaucoup moins onéreux pour la collectivité et lui est profitable à brève échéance par les progrès en chaîne que sécrètent les nouvelles méthodes.

Dans ce cas la maladie peut être assimilée à un simple vaccin qui permet à l’organisme de se montrer plus résistant à l’avenir.

Le remède de marché possède tous les avantages mis à part le fait qu’il remet les hommes politiques à leur place. La disparition des problèmes économiques et sociaux à moyen terme ne les justifie plus dans leurs fonctions.

Danger donc pour les politiques et leurs valets, il ne faudra pas que leurs fonctions soient réversibles, comme le crack la drogue doit donc agir vite en perturbant en profondeur l’organisme.

L’intervention porte la crise comme la nuée l’orage

Et c’est bien là ce qui se produit, à ce moment l’Etat devient cette grande fiction par laquelle chacun croît pouvoir vivre aux dépens de ses voisins.

Son intervention se généralise car les mécanismes de rejet que génère le marché se traduisent par des crises de proche en proche à partir du secteur protégé.

La dose de drogue ne suffit plus, il faut s’intoxiquer davantage pour ne plus souffrir.

La société devient une loque, esclave de sa dose d’intervention, les mentalités évoluent d’ailleurs dans le même sens avec la disparition des initiatives et la socialisation des mentalités.

La drogue de l'assistanat

Les malades croient alors que l’intervention est la solution et que les crises sont dues à l’inefficacité du marché. Arrivé là, quel drogué saurait encore compter s’en sortir par lui-même ?

C’est bientôt l’overdose à coups de réglementations tatillonnes, de planification, de nationalisation, de croissance de la classe administrative.

La société étouffe de ce totalitarisme fait de la toute puissance du politique, et là le système implose victime de ses contradictions.

La sortie d’une telle logique est du domaine de la désintoxication avec toutes les douleurs qu’elle implique, les pulsions de rechute et la violence inouïe des crises de manque. Les répercussions sociales seront en effet désastreuses, avant d’aller mieux le malade descendra au fond des enfers.

Nous ne sommes pas encore descendu assez bas pour nous remettre, nous n’avons pas encore renoncé aux drogues fournies par les dealers politiques, syndicaux et associatifs.

Mais la chute est inévitable et ne doit pas être évitée, là encore le remède sera l’accusé, le marché, la mondialisation sont le bouc émissaire de nos exploiteurs. Tiers-mondisés, les entrepreneurs de ce pays, enfin ce qu’il en reste, ne pourront subir la compétition internationale sans l’apport de technologies et d’investissements étrangers. La Sécu explosera ainsi que le chômage, alors la thérapie de choc s’imposera dans un corps pris de convulsions et d’affrontements sociaux dignes d’un début de guerre civile.

Xavier COLLET, le 29 novembre 2003

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